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« Passion, amour et folie » : Antoine Rigaudeau raconte la grande aventure des JO de Sydney

 

Texte par François Chevalier

Illustrations par Jules Maillard

 

 

Que faisiez-vous le dimanche 1er octobre 2000 à 4h du matin ? Les amateurs de basket s’en souviennent précisément, installés dans leur canapé les paupières maintenues par des allumettes pour assister au plus grand match de l’histoire de l’équipe de France : une finale olympique face aux Américains à Sydney. 8 heures de décalage horaire, ça pique. L’accès au podium des JO, qui se refuse depuis 1948, est déjà une performance haut de gamme pour les hommes de Jean-Pierre de Vincenzi. Et pourtant, si Team USA était prenable ? L’avant-veille, la sélection made in NBA est passée à deux lancers francs de l’élimination. « On ne sait jamais, sur un malentendu, on peut conclure », ironisait Laurent Sciarra avant la rencontre. Il faudra une mi-temps aux Bleus pour prendre la mesure de l’événement. À 4 minutes du buzzer, l’exploit est à portée de mains. Et c’est bien-sûr Antoine Rigaudeau, meilleur joueur tricolore de sa génération, qui mène la fronde avec un tir à 3 points magistral sur la tête d’un Kevin Garnett amorphe. 20 ans après, « Le Roi » revient sur les temps forts des Jeux Olympiques de Sydney : de son addiction aux entraînements jusqu’à la sueur sur le front de Rudy Tomjanovich, en passant par son éclair de génie face à la Chine. Entretien royal.     

 

 

 

 

Vous obtenez la qualification pour les JO 2000 un an auparavant lors de l’Euro 1999. C’est une compétition où la France a de grandes ambitions. L’objectif était-il de gagner cet Euro ?

Je n’en suis pas sûr. Le principal objectif est de se qualifier pour les Jeux Olympiques. Il faut passer les quarts de finale pour être dans les quatre premiers. Il y a pas mal de communication autour et médiatiquement ça commence à prendre, avec l’arrivée d’un joueurs français qui évolue en NBA, Tariq Abdul-Wahad. Et quand une compétition internationale se déroule en France, on veut que la sélection nationale gagne. Le basket est attendu au tournant.

 

Cette quatrième place, synonyme de qualification olympique, est quand même un très bon résultat pour l’époque…

Il reste une petite frustration car je pense que l’on a fait un non match en demi-finale. L’Espagne était à notre portée. Dans le même temps, ce demi-échec nous a permis de rebondir pour aller aux JO avec un état d’esprit différent et de remanier notre approche collective. 

 

Avant de s’envoler pour Sydney, trois joueurs intègrent le groupe : Makan Dioumassi, Crawford Palmer et Yann Bonato. Comment voyez-vous l’arrivée de ces joueurs ? 

Qu’il y ait X ou Y dans la sélection, mon objectif, c’est de faire en sorte que l’équipe gagne. Si il y a des choses à dire qui ne plaisent pas obligatoirement, je les dirai dans l’objectif que le groupe performe. Sur ce plan, ça m’a énormément aidé de partir à Bologne pour comprendre ce qu’il fallait faire pour gagner non seulement pendant un match mais aussi à l’entraînement. Le gros plus selon moi, c’est l’incorporation de Jean-Pierre Egger, un préparateur physique suisse, ancien lanceur de poids, qui a travaillé avec des athlètes de haut niveau, et de Christian Target, pour travailler sur le mental. Ce sont les deux personnes les plus importantes de la médaille d’argent. Sans ces deux fonctions là, je ne suis pas certain que nous aurions ramené une médaille. 

 

Tariq Abdul-Wahad n’est pas du voyage. Il s’est tiré une balle dans le pied en parlant de racisme en équipe de France… 

Il faudrait demander au sélectionneur son point de vue. Ça n’engage que lui, Tariq a voulu exprimer quelque chose qui à mon avis n’avait pas lieu d’être. C’est le seul à avoir exprimé cette opinion là. 

 

Son remplaçant au poste d’ailier, Yann Bonato, est arrivé lessivé au camp de préparation à cause de sa saison très mouvementée à Limoges 

Je sais qu’il a eu une saison très compliquée et en plus il a tout gagné ! Depuis l’Italie, je suivais les exploits limougeauds, je savais ce qu’il se passait. C’était assez incroyable de voir cette équipe évoluer dans des conditions chaotiques. Je crois que Yann a pris une dimension incroyable de leader dans ce groupe là. Ça a aidé Limoges mais aussi l’Equipe de France parce qu’on n’est pas insensible à ce qu’il a pu faire. C’est un le de leader qu’il a eu naturellement. C’est très important dans une équipe de réussir à trouver sa place. Yann fait partie de ces personnes qui ont permis ce résultat final. 

 

Le stage de préparation au tournoi olympique a lieu à Biarritz. Qu’en attendez-vous ? 

Personnellement, j’aime m’entraîner. Ce n’est pas un problème pour moi. J’aime aussi la préparation individuelle, le physique. S’entraîner dur, c’est quelque chose de logique pour pouvoir atteindre des objectifs élevés. Il faut en baver. 

                                

 

« Le leadership peut s'exprimer à travers un joueur qui marque 4 points »

 

 

 

Le contenu de cette préparation était-il différent par rapport à l’Euro 1999 ? 

Oui, le stage a été un peu plus long. En intégrant le groupe, Jean-Pierre Egger et Christian Target ont apporté leur regard sur le sport de haut niveau pour que chacun comprenne bien sa place dans le groupe. Et on a eu aussi droit à l’intervention de personnes qui avaient vécu les JO de l’intérieur. Et je pense que c’est quelque chose de très important car la vie dans le village olympique est différente d’une compétition normale où l’on est hébergé à l’hôtel. On est vraiment mélangé dans une bulle avec des rythmes spécifiques. Nous démarrions la compétition dès le lendemain de la cérémonie d’ouverture. Et la finale avait lieu le dernier jour. On s’est préparé pour ça. 

 

Rétrospectivement, on se rend compte que cette Equipe de France était bien construite…  

C’est un groupe qui avait beaucoup de qualités et notre jeu s’est amélioré au fil de la compétition. Au sein même de notre groupe, avec ce qu’on a pu vivre, on est arrivé à une qualité de jeu qui était très intéressante où chacun trouvait sa capacité à s’exprimer. Que ce soit en défense ou en attaque. Le leadership était très bien réparti. Je fais une grande différence entre les mots leader et leadership. Le leader peut marquer 25 points mais le leadership peut s’exprimer à travers un joueur qui marque 4 points mais qui peut avoir une influence très importante au sein du groupe. 

 

Quel est votre état d’esprit en arrivant à Sydney ? 

Pour ma part, je suis arrivé très serein et dans la mentalité d’être performant au niveau basket. Le groupe est motivé et en même temps conscient que nous ne sommes pas particulièrement favoris. On veut découvrir les JO et en même temps réussir, en étant concentré sur notre compétition. D’ailleurs, nous n’avons pas assisté à la cérémonie d’ouverture parce que nous rentrions dans la compétition dès le lendemain matin à 9h, contre la Nouvelle-Zélande. On devait gagner ce match là. On est arrivé une semaine avant pour être dans les meilleures conditions par rapport au décalage horaire. 

 

 

En ouverture, vous battez facilement la Nouvelle-lande 76 à 50. Le second match est  bien plus compliqué, et la Lituanie vous inflige une défaite de 18 points, 63-81.  

On sait qu’il y a des équipes comme les États-Unis qui sont pratiquement imprenables, que la Lituanie c’est difficile, et qu’on a besoin de gagner au moins deux matchs si on veut finir dans les quatre premiers de notre poule. En sachant que la Nouvelle-Zélande et la Chine sont considérées comme les plus faibles. 

 

Coup de théâtre, après la déroute contre les Lituaniens, Jean-Pierre De Vincenzi offre samission. Démission refusée… Quelle était la relation entre les joueurs et le staff ?

La relation était correcte, respectueuse. Après, je crois que la grande force du staff technique est d’avoir su mettre en place toutes ces structures autour de nous. Ce groupe a été construit avec des personnes qui arrivaient à maturité au niveau de leur personnalité. Le rêve de tout staff, c’est d’avoir des joueurs responsables capables de prendre des décisions sur le terrain ou en dehors, qui permettent à l’équipe de gagner. 

 

Face aux Chinois, vous déjouez en début du match. Moustapha Sonko dit que vous avez pris la parole à la mi-temps en disant aux gars de ne pas s’inquiéter et que vous alliez prendre les choses en main. Vous confirmez ?

En première période, on n’est pas détendu et on n’arrive pas à trouver notre rythme de jeu. A la pause, oui, j’ai parlé dans les vestiaires. Si il y a quelque chose qui ne fonctionne pas, je le dis. Dire que j’allais prendre les choses en main ? Je ne pense pas. Maintenant, le fait de parler, ça met sur moi une pression positive parce que ça me plaît de montrer l’exemple, de justifier ce que je dis. Le fait d’avoir parlé m’a permis de faire cette deuxième mi-temps et a rassuré mes coéquipiers. Le message était clair : « n’hésitez pas quoi, je suis là ! » 

 

 

« Quand je shoote, je sais que ça va rentrer »

 

 

 

Vous sortez le grand jeu en seconde période, avec 25 points, 29 au total. Vous êtes dans la zone au meilleur moment dans un match clé (82-70)…   

Ça faisait partie des règles qui avaient été mises en place. C’était à nous, joueurs, de nous responsabiliser vis - à - vis du groupe et du résultat. C’est ce que j’ai aussi vécu dans d’autres équipes. Le fait de parler, ça responsabilise la personne qui prend la parole. Il arrive un moment où je prends un premier shoot, ça rentre, un deuxième shoot, ça rentre, et après l’équipe est en confiance. Ce qui a été dit dans le vestiaire appuie le discours. L’équipe attend que je prenne mes responsabilités et fait en sorte que ça se passe comme ça. Il y aussi un gain d’énergie, une dynamique positive, un meilleure défense, un meilleur rythme… : plein de choses qui permettent d’aller de l’avant et de gagner ce match. 

 

Le panier était-il plus grand que d’habitude ? 

Ça m’est déjà arrivé de jouer comme ça dans certains matchs, à Cholet par exemple. A Bologne un peu moins car je n’avais pas ce rôle là. Mais par exemple, le match à Gravelines où j’en plante 50 (47 précisément, en janvier 1993), c’était un peu ça aussi. Je me sens relâché, serein et confiant. Sachant que quand je shoote, je sais que ça va rentrer.  

 

Le match suivant, c’est l’Italie, une rencontre qui vous tient à cœur puisque vous jouez contre des coéquipiers et des adversaires du championnat italien… 

L’Italie était championne d’Europe en titre. C’était une solide équipe, très costaud dessous. On a perdu (57-67). On avait beaucoup de difficultés contre des équipes qui jouaient à l’Européenne avec des jeux très structurés, il ne faut pas le nier. Le basket européen qui était performant, c’était plutôt un basket fermé, qui contrôlait le tempo. Le plus important était de faire le moins d’erreurs possible et on n’avait pas la capacité à leur faire provoquer des erreurs. Je pense que notre style de jeu correspondait mieux aux équipes que lon a rencontré en deuxième semaine. Contre la Chine par exemple, on était plus dans une mentalité de basket champagne, ce qui est propre à la France. Individuellement, on avait besoin de courir, de trouver des paniers faciles, de prendre des risques…   

 

Alors que la quatrième place synonyme de quart de finale est acquise, vous affrontez les Américains dans un match sans enjeu. Il n’y a « que » 12 points d’écart à la fin du match (94-106)… Est-ce un enseignement ? 

Ray Allen, Jason Kidd, Kevin Garnett, Vince Carter… Ce sont des joueurs qui sont pratiquement tous all-stars, qui ont des rôles importants en NBA mais je ne suis pas sûr que beaucoup d’équipes aient pris des fessées face à ces Américains. Pour nous, c’est un match sans pression, qui nous permet de se relâcher, de se libérer. On sait qu’on est déjà qualifié. Physiquement, c’est dur mais on arrive à jouer et eux se rendent compte que les équipes européennes sont plus coriaces que prévu. 

 

Comment le groupe s’est comporté avec Frédéric Weis après le dunk de Vince Carter ? 

Au moment de l’action, je suis sur le banc de touche donc je vois le dunk. On sent que quelque chose se passe dans le public. Sur le terrain aussi mais sans plus. Ça nous surprend un petit peu mais on est resté soudés. On a continué à jouer au basket. Pendant le match, rien ne s’est dit. Mais après, il y a eu des paroles. On a considéré que c’était un fait de jeu, certes impressionnant pour l’époque. Aujourd’hui, on voit des choses qui sont plus ou moins du même niveau. Certains joueurs américains se sont montrés arrogants. Mais ça ne m’a pas surpris, ils font ça toute l’année… C’est leur personnalité. J’ai connu ça aussi dans le championnat de France avec des joueurs américains qui faisaient du trashtalking. C’est plus motivant qu’autre chose. Ça fait partie du jeu. Je ne pense pas que le sport de haut niveau soit réservé aux saints. On est là pour gagner. 

 

A la fin du premier tour, vous pensez au départ affronter la Serbie et vous obtenez le Canada, un quart de finale a priori plus abordable…

C’est un bon tirage pour nous. Le Canada n’a jamais joué contre nous et c’est un basket beaucoup plus direct que le basket serbe, qui pour nous est plus difficile à jouer et physiquement beaucoup plus imposant. Ça a été un avantage de jouer le Canada. Inconsciemment, on s’est senti en mission pour créer la surprise face à une équipe qui ne nous connaît pas plus que ça. On a très bien étudié leur jeu donc on a très bien défendu sur leurs points forts. J’insiste sur une défense collective car on met beaucoup en avant le travail de Makan sur Steve Nash, à juste titre, mais il n’est pas le seul à avoir défendu sur lui. Sur ce style de joueur là, il faut aussi contrer toutes les interactions qu’il est capable de générer avec ses coéquipiers. Le staff a ciblé les qualités et les défauts de chaque joueur et on a été très précis et concentrés sur ça. 

 

 

« C’est un groupe qui s’aimait et qui était généreux. Personne ne tirait la couverture à lui seul. »

 

 

 

Comment le groupe a-t-il vécu la blessure de Yann Bonato ?

On est tristes pour Yann mais a on a tous conscience que ça fait partie du sport de haut niveau. Cette blessure nous a aidé à montré que collectivement, on était capable d’avoir un objectif en commun pour lui et pour nous. Si cette blessure empêchait Yann d’être sur le terrain, il était toujours présent par son leadership, son vécu de Limoges. Il nous a aidé à atteindre cet objectif. 

 

Y-a-t-il un déclic après la victoire contre le Canada (68-63). Comment abordez-vous la demi-finale face à l’Australie, pays hôte ? 

Je ne suis pas r qu’il y ait un déclic mais il y a une prise de conscience par rapport à notre jeu car il est beaucoup plus fluide que lors de la première semaine. Et puis on est sur des matchs secs où on n’a plus rien à perdre. On avait joué l’Australie en match de préparation à Anglet et on les avait battu (62-56). D’ailleurs, ça avait été tendu pendant la rencontre. Ce sont des joueurs durs. Mais Fred Weis était très performant face à des pivots importants des grosses équipes. Il l’a montré contre le Canada avec Todd MacCulloch et contre l’Australie avec Luc Longley. On a été performants individuellement et collectivement au bon moment. Les Australiens ont été briles car on a su défendre sur leurs points forts.

 

C’est l’une des images fortes de la compétition : le banc explose de joie à la fin du match. Vous savez que la médaille est acquise… 

On était prêt à aller jusque là. C’est aussi tout le travail en amont sur le plan physique qui a payé. On n’a jamais eu de creux tout au long du tournoi. Mentalement, on savait où on en était. On est passé par des hauts et des bas, comme dans toute compétition, mais on a réussi à monter sur le podium. Evidemment, personne n’attendait cette médaille là. Le groupe a réussi à s’isoler par rapport à tout ce qui pouvait être dit à l’extérieur. On a réussi à prouver à tout le monde qu’on était capable d’aller chercher une médaille. Ça fait une explosion de joie énorme. 

 

Etes-vous surpris par la réussite de ce groupe ? 

Non. Même si aujourd’hui je n’ai pas beaucoup de contacts avec les membres de cette équipe, je pense que ce groupe se respectait énormément. Individuellement, il y avait un respect très fort des personnalités et des types de joueurs que l’on était. Et on s’aimait. C’est un groupe qui s’aimait et qui était généreux. Personne ne tirait la couverture à lui tout seul. Je n’appelle pas ça une bande de copains car c’est très vite vu comme un groupe qui va sortir ensemble et qui va faire la fête. Ce n’était pas obligatoirement le cas, il y avait des affinités entre certains joueurs mais il y avait quand même des différences de points de vue et de caractères. Par contre, il y avait une envie d’atteindre le même objectif ensemble et chacun savait ce qu’il était capable d’apporter à ce groupe pour gagner. Avant le match, à la mi-temps, pendant le match, dans la vie de tous le jours… C’est quelque chose de très fort, c’est ancré en nous. 

 

Avez-vous le temps de profiter des autres compétitions ? 

Je n’étais pas spécialement motivé pour aller voir d’autres compétitions. J’étais focus sur ma compétition basket. J’ai toujours été comme ça, depuis tout petit. Vivre à 100% pour le basket. Ce qui me plaisait le plus, car dans le village olympique il y a un grand restaurant et une grande salle de fitness où tous les athlètes s’entraînent, c’est de voir les autres athlètes s’entraîner. Ce qui m’aurait beaucoup plus, c’est de voir d’autres nations et d’autres cultures basket s’entraîner. Par exemple, voir comment les Sud-coréennes, qui avaient un basket très spécifique, se préparaient. Des choses qui pour moi sont plus intéressantes que la compétition elle-même.

 

 

« Les Américains auraient du être éliminés l’avant-veille ! »

 

 

 

En finale, vous affrontez Team USA. Est-ce une finale de rêve ? 

J’aurais signé tout de suite parce qu’on est en finale. Oui, c’est le meilleur basket de la planète au niveau du championnat NBA mais ça aurait été peut-être encore plus intéressant au niveau émotionnel de jouer l’Australie à domicile. 

 

Comment préparez-vous cette grande finale ?

Il y a un peu d’inconscience en nous. On est très relâchés. On sait que ça va être difficile mais il y a une possibilité. Surtout que les Américains auraient dû être éliminés l’avant-veille ! Ils gagnent le match sur des lancers francs ratés de Siskauskas dans la dernière minute… J’ai vu la fin du match dans les tribunes, c’était incroyable. On aurait peut-être eu encore plus de mal contre la Lituanie car c’est une équipe qui est a priori plus forte que nous. 

 

 

Des joueurs américains sont-ils ciblés ? 

Il n’y a pas de joueurs ciblés car le danger peut venir de partout. On essaye de jouer le plus lentement possible, de ne pas rentrer dans un rythme trop élevé, ce qui va un peu contre notre nature. Mais je crois qu’on a joué notre jeu comme on savait le faire. On avait un objectif : être présent dans les dernières minutes pour pouvoir les faire douter, s’il est possible de faire douter les Américains. Même si je crois qu’à un moment ils n’étaient pas très fiers au niveau du banc de touche. 

 

Face aux Américains, la première mi-temps est difficile. En revanche, en deuxième mi-temps, vous pratiquez un basket de rêve… Le facteur X, c’est Laurent Sciarra

Il a trouvé un équilibre. Il s’est occupé de faire jouer l’équipe de France et de prendre des responsabilités au niveau du scoring. Je pense que sans s’éparpiller, tout est venu de façon très fluide au niveau de son jeu, de son incorporation dans l’équipe. Et je pense qu’il a senti que c’est ce qu’il devait donner à l’équipe. On lui a fait comprendre par nos attitudes, nos paroles, nos regards… Communiquer, c’est pas seulement parler, il y aussi des gestes. C’est r que ça nous a beaucoup aidé de pouvoir compter sur lui au scoring. Tout le monde a trouvé sa place dans le groupe pour être performant. 

 

C’est plutôt bienvenu dans la mesure où pendant des années le scoring reposait beaucoup sur vos épaules et celles de Yann Bonato 

J’ai la capacité de mettre des points mais je ne me suis jamais considéré comme un scoreur. À Pau, j’étais beaucoup plus dans le scoring, je prenais parfois des risques insensés qui fonctionnaient pas mal lors de ma première année et jusqu’à ma blessure. Quand je suis arrivé en Italie, on m’a fait comprendre que ce n’est pas ce dont l’équipe avait besoin en priorité. me si en Italie ça m’arrivait aussi de scorer. Je me suis plus concentré sur ce qu'il fallait faire pour que l’équipe gagne. Donc c’est d’abord de défendre car tout joueur doit être capable de défendre, d’être créateur, d’avoir du leadership dans le groupe, d’être capable de dire les choses pour le bien du groupe, de mettre des paniers quand il le faut, de faire les bons choix. Montrer l’exemple en dehors et sur le terrain pour qu’ils aient une attitude conquérante. 

 

« Tomjanovic prend le temps-mort immédiatement, les assistants baissent la tête »

 

 

 

Cette deuxième mi-temps face aux Américains, vous êtes à moins 4 à quatre minutes de la fin après un gros tir à 3 points que vous plantez sur la tête de Kevin Garnett. Tomjanovich demande un temps mort, en allant sur le banc, vous montrez vos émotions

Oui peut-être trop (rires). Il y a une certaine rage. C’est la sensation d’être arrivé à ce stade de la compétition, il y a une certaine forme d’accomplissement. Quand je vois que Tomjanovic prend le temps-mort immédiatement, les assistants coachs baissent la tête, je sens qu’il se passe quelque chose, ils ne sont pas sereins. En même temps, si le temps-mort est pris, c’est certainement qu’ils vont repartir en étant plus agressifs. La seule possibilité de gagner ce match là, c’est d’être plus agressifs qu’eux. J’ai senti dans leur regard qu’ils allaient devoir lutter jusqu’à la fin. Malheureusement, on n’a pas pu rivaliser. Les dernières minutes, physiquement, on a eu du mal. Ils sont montés d’un cran et on n’a pas su répondre à ça. On aurait eu besoin d’être plus forts physiquement. 

 

Quand vous montez sur le podium, quel est votre sentiment ? 

C’est le moment où l’on se rend compte de ce qu’on a fait réellement. Pratiquement toutes les compétitions, c’est comme ça, même en club. On est concentré sur nos matchs à gagner et quand ça se termine, on monte sur une marche, on se rend compte de ce qu’on a fait pour le basket français ou pour les supporters d’un club. C’est encore plus vrai aujourd’hui, dix ou vingt ans après, lorsqu’on rencontre des gens, on ne nous parle que de ça. Quand je suis revenu à Bologne, que tout le monde se met debout et applaudit, on se rend compte de l’importance qu’on avait vis- à- vis du public. Pour un panier marqué ou raté, on peut mettre des dizaines de milliers de supporters dans l’euphorie ou en état de déprime. 

 

Une médaille d’argent olympique, ça marque à vie… Est-ce votre meilleur souvenir de sportif ?

C’est gravé dans les livres… Ça fait partie de mes meilleurs souvenirs. C’est difficile dans une carrière de sportif de haut niveau de classer les trophées. La première année à Bologne, c’est fort aussi. En 2001, il y a les playoffs d’Euroligue contre Vitoria. Il y a mon dernier match avec l’équipe de France en Serbie en 2005 qui reste une émotion forte.

 

Aux Jeux d’Athènes, Manu Ginobili, votre ex-coéquipier à Bologne a connu la consécration olympique. Comment l’avez-vous vécu ? 

J’étais très fier pour lui et pour l’Argentine. C’est une personne très agréable, très honnête avec un talent incroyable, peut-être le joueur le plus talentueux avec lequel j’ai joué. Je l’ai connu au début de sa carrière quand mon rôle consistait à parler dans le vestiaire, je devais dire les choses, que ce soit à lui ou à mes autres coéquipiers. L’Argentine de 2004 est une équipe qui jouait avec beaucoup de passion et une envie de gagner ensemble. C’est ce que j’aime beaucoup quand je regarde un sport collectif. 

 

20 ans après, que vous reste-t-il de cette médaille d’argent ?

La recette pour pouvoir former un groupe conquérant. Il y a quelque chose entre l’envie, la passion, la discipline, la folie, l’insouciance et l’amour dans un groupe pour arriver à un résultat exceptionnel. 

 

Ce résultat a-t-il aidé la génération suivante à se fixer des objectifs plus élevés ?

Je ne suis pas sûr que ce soit un déclic, par contre une motivation supplémentaire, c’est sûr et certain. Les générations qui ont suivi, estampillées NBA, ont toujours eu cette motivation d’avoir une médaille olympique. Et ce sera toujours un défi pour les générations à venir de parvenir au même niveau que l’Equipe de France 2000.